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Jusqu'où ira-t-il? Thomas ?
Dix jours qu'il nous fait le coup. Qu'il leur fait le coup. Dix jours en tête du général, à répéter qu'il n'a aucune chance. On connait la chanson, à force. Un vrai tube de l'été. Résultat, au Galibier, Thomas Voeckler a encore conservé son maillot jaune. Mais promis, il va le perdre vendredi.
s Voeckler devait perdre son maillot jaune à Luz-Ardiden. C'était tout vu. Il l'avait dit lui-même d'ailleurs. Raté. Puis au Plateau de Beille. Non plus? Bon, au pire, au Galibier. Toujours pas. Alors voilà, à trois jours de l'arrivée à Paris, le leader d'Europcar est aussi, encore et toujours, celui du Tour de France. Dix jours que ça dure. Voeckler a égalé son record de 2004. Mais ces dix jours-là lui donnent une toute autre dimension. Car jour après jour, il rivalise avec les meilleurs, repoussant ses propres limites. Au Galibier, il a pris la 5e place de cette étape dantesque. Comme lui.

Alors, bien sûr, il n'a plus que 15 secondes de marge au général sur son dauphin, qui est désormais Andy Schleck. Du coup, il ne s'est pas départi de son discours. "Depuis trois jours, je perds des secondes, sur des coureurs différents, souligne-t-il. Il faut regarder les choses objectivement, tout le monde me reprend du temps." Toujours la même chansonnette. Non, il ne joue pas dans la cour des grands. Il fait sa course, mais pas celle des "favoris", comme il les appelle. Sauf que favori, après 18 étapes, ça ne veut plus dire grand chose. Alberto Contador, qui pointe à près de cinq minutes de Voeckler aujourd'hui, serait davantage prétendant à la victoire finale que l'Alsacien? Absurde.
Gallopin: "Il peut gagner le Tour"
Soit Thomas Voeckler est un excellent comédien, soit il refuse sciemment de voir en face la réalité. Il y a peut-être un peu des deux. Il compte parmi les quatre coureurs encore en lice pour gagner ce Tour 2011. Il a d'ailleurs lâché une phrase presque incroyable au micro de nos confrères de France Télévisions jeudi soir. Alors qu'il était interviewé avec Andy Schleck à ses côtés, il a dit "je lui souhaite de gagner le Tour de France". On a rarement vu un maillot jaune, si près de Paris, sortir une telle phrase à celui qui le suit au classement général... Alain Gallopin, le directeur sportif de RadioShack, n’a jamais cru Voeckler sur parole. "Moi, depuis le Plateau de Bielle, je dis que Voeckler peut gagner le Tour de France et je le dis encore ce soir au Galibier: il peut gagner le Tour. Les frères Schleck, Evans et Voeckler ont tous leur chance. Rien n'est fait", estime-t-il.
Gagner le Tour? Et pourquoi pas. Oui, d'accord, c'est impossible, on le sait tous, Voeckler le premier. Mais à la pédale, qui est au-dessus de lui? Andy Schleck? Jeudi, oui. Mais qui dit que le Luxembourgeois ne paiera pas tout ça vendredi ? Voeckler a suivi tous les autres. Physiquement, difficile de croire à un brutal effondrement, même si tout peut toujours arriver. Puis il y a sa lucidité. Voeckler court juste, comme on dirait d'un tennisman qu'il joue juste. Il ne s'est jamais affolé quand l'avance d'Andy Schleck a dépassé les quatre minutes. Evans a voulu la lui jouer à l'intimidation, mais il n'a pas cédé. "On les a laissés faire, sourit Dominique Arnould. Aujourd'hui, nous n'avions qu'un objectif : suivre Evans. C'est vrai qu'on a bien joué." Et Evans, de peur de tout perdre, a sauvé le maillot de Voeckler. "C'est sûr que j'ai profité de son travail, mais c'était le jeu. Puis on a énormément bossé depuis dix jours", rappelle le maillot jaune.
Encore une fois, en toute logique, Thomas Voeckler devrait perdre son maillot jaune vendredi à l'Alpe d'Huez. Trop dur pour lui. Mais à quelle logique obéi son Tour depuis dix jours? Alors, oui, il est épuisé. "En passant la ligne, j'avais du mal à respirer, raconte-t-il. Si vous saviez toute la douleur que je ressens dans les jambes... Quelle souffrance !". Mais comme lui avait soufflé dans le Plateau de Beille son pote Pierre Rolland, la nouvelle rockstar du cyclisme (copyright Lance Armstrong), les autres sont au moins aussi morts que lui. En le poussant un peu, le Virenque des années 2000 finit presque par avouer qu'il y croit, au moins un tout petit peu. Même s'il ne le dit pas comme ça. "Je n'ai pas le droit de ne pas avoir le moral, je ne peux pas me le permettre, ce serait indécent. Je suis en tête du Tour de France..." Quoi? Voeckler? En tête du Tour de France à trois jours de la fin? C'est une plaisanterie? Oui, il parait. Mais encore deux jours comme ça, et plus personne ne rigolera.
Eurosport - Laurent VERGNE
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